L'autonomie professionnelle des jeunes journalistes: séminaire le 29 octobre 2015

La prochaine réunion du séminaire Jeu & symbolique aura lieu le jeudi 29 octobre de 17 à 20h au local P61.

Il s'agira d'une réunion organisée conjointement par le PReCoM (Pôle de recherches sur la communication et les médias) et le CASPER (Centre d'anthropologie, sociologie et psychologie - études et recherches).

Nous aurons le plaisir d'entendre Olivier Standaert (ORM / UCL) qui nous proposera une communication intitulée : «L'autonomie professionnelle à l'épreuve des bifurcations : analyse des stratégies d'insertion des jeunes journalistes de Belgique francophone».

Olivier Standaert est docteur en sciences de l’information et de la communication à l’Observatoire de Recherche sur les Médias et le journalisme (ORM - Université catholique de Louvain). Ses recherches portent sur la sociologie des médias, les marchés du travail et les carrières des journalistes.

La séance sera introduite par Geoffroy Patriarche, professeur à l'USL-B et directeur du PReCoM.
Marie Dufrasne (CASPER - PReCoM / USL-B) et Nicolas Marquis (Marie Curie Fellow au CERMES3 - Paris Descartes / CASPER - USL-B) interviendront comme discutants.

Un drink sera offert à l'issue de cette réunion.

La participation est libre, mais nous vous demandons de bien vouloir vous inscrire en cliquant sur ce lien.

Présentation de la communication d'Olivier Standaert :

Avant même leur insertion professionnelle à proprement parler, les nouveaux arrivants sur le marché du travail du journalisme sont confrontés à d’inquiétants discours évoquant une crise de l’emploi, l’instabilité et la précarité des conditions de travail ainsi que le décalage entre l’offre et la demande. On constate d’emblée que la question de l’autonomie est centrale dans les formes identitaires des jeunes journalistes, car ils savent (et expérimentent) que la continuité de leur trajectoire dépend de facteurs et de circonstances qu’ils ne maitrisent qu’aléatoirement. Ceci renvoie au « modèle biographique » qu’Ulrich Beck étudie au sujet des travailleurs précaires. Cette communication vise dès lors à réfléchir le sens et les enjeux de la notion d’autonomie parmi les jeunes journalistes.

La réflexion s’articule premièrement autour du sens de cette notion dans le travail, compris ici comme l’ensemble des tâches, routines et pratiques professionnelles journalières. La sociologie du journalisme montre bien que l’indépendance (par rapports aux sources et aux pressions en tous genres) est une norme centrale (et fragile) des discours et des cadres d’identification collectifs du groupe professionnel. Contigüe à cette norme, la revendication d’autonomie dans le travail agit comme un élément permanent et structurant des identités professionnelles, tant au niveau individuel que collectif. Se sachant particulièrement fragiles à leurs marges, les journalistes développent des discours très pointus par rapport à la revendication d’autonomie, que l’on peut lire comme un socle justificatif de la forte composante individualiste du métier de journaliste (et de ses multiples formes discursives). Le travail renvoie donc ici à une autonomie créative.

Ensuite, il s’agit de comprendre comment la question de l’autonomie se déplace vers de nouveaux enjeux, symboles de nouvelles menaces : l’imprédictibilité et l’instabilité potentielle des trajectoires à l’entrée du marché du travail reconfigurent le sens de la notion d’autonomie autour de l’emploi (et non plus du travail), à comprendre ici comme l’ensemble des dispositions et des garanties contractuelles encadrant l’exercice d’un travail. Dans un contexte d’effritement de l’emploi stable, les jeunes journalistes développent des stratégies d’acteurs où la question de l’autonomie se cristallise de plus en plus sur l’autonomie matérielle. Alors qu’ils avaient précisément investi leur propre carrière sur un mode vocationnel, reléguant au second plan la question des gains et de la stabilité matérielle, ils sont contraints de créer de nouveaux modèles de trajectoire capables de leur garantir une autonomie à la fois créative et matérielle. Ce faisant, ils doivent de plus en plus dissocier ces deux pôles jadis réunis dans un seul emploi stable et à durée indéterminée. Ils expriment au final comment des marchés du travail de plus en plus flexibles les contraigent à construire leur horizon, leur espace d’accomplissement personnel et leur stabilité, en un mot leur autonomie, à la fois dans et en dehors du journalisme.